La Mort d'un Rat 

 

Chapitre I (le bonhomme Paquette)   

Vos gueules sales petits morveux!!

C'était toujours le même manège quand la cloche de l'école sonnait le midi. Les enfants sortaient bruyamment et se répandaient telle une énorme tache. C'est ainsi que le bonhomme Paquette les voyaient. Une grosse tache qui se répandait entre l'école et le dépanneur en dessous de son appartement.

Si de jeunes enfants c'était gentil tant qu'on a pas à s'en occuper, ces ados qui venaient au dépanneur, s'incrustaient dans le stationnement, juste en dessous de sa fenêtre. Et même après l'école ils revenaient au dépanneur et raillaient dans le stationnement. Des conneries de jeunes ados, des premiers amours, des rires de folie. Toutes des choses que détestait profondément Le bonhomme Paquette. Ça lui rappelait trop qu'il vieillissait et ce, dans la plus profonde des solitudes. Sans la moindre famille.

Allez vous les fermer vos gueules et sacrer votre camps petits monstres!

Le bonhomme Paquette. C'est comme ça qu'on l'appelait au village. Ça avait commencé par les ados sur qui le bonhomme Paquette déversait son fiel. Par répétition de ces engueulades certains parents avaient commencés aussi à le désigner ainsi car ils trouvent effectivement le bonhomme aigri. Et de fil en aiguille les années se succédèrent, les ados se renouvelaient mais le caractère du bonhomme Paquette lui ne s'améliorait pas. Bien au contraire...

Vous l'aurez voulu sale mioches! J'appelle les boeufs! (flics) Ils vont vous faire sacrer votre camps ma gang de malades!

Les boeufs c'est ainsi que le bonhomme Paquette désignait la police. Car au poste si les premiers temps, on prenait un soin d'arriver rapidement à son adresse pour disperser les ados flâneurs du stationnement, on avait fini par s'en lasser. Les agents allaient parfois a un cas plus urgent. Quand il n'y a que 2 voitures de police au village, il faut établir les priorités des plaintes. Et c'était immanquable. Si la voiture arrivait plus de 5 minutes, le bonhomme engueulait les policier avec parfois même des allusions de perte de temps et de "mangeux" de beignes.

Les policiers détestaient le bonhomme pour cette répétition de comportements désobligeants. En fait tout le monde au village détestait le bonhomme Paquette. Mais on ne pouvait rien dire. S'il n'y travaillait pas, il était le propriétaire de ce dépanneur. Ses employés étaient traités de façon peu aimable. Même le gérant détestait son patron. Même si on voulait boycotter le dépanneur, c'était le seul du village. Il faillait rouler 1km pour aller à l'autre.

Ainsi pour une Xième fois, les policiers étaient venus disperser des étudiants trop bruyants après la classe. Une histoire assez rapidement réglée. Il n'y eu qu'avec Tom qu'il y eu un peu plus d'histoire. Les policiers sachant très bien qu'il était mineur, l'avaient obligé a leur rendre cette bière qu'il buvait sans s'en cacher sur le trottoir.

- C'est pas trop tôt! Enfin on va pouvoir préparer le souper en paix. Vous étiez encore au Dunkin' je parie...

Les policiers haussèrent les épaules et partirent quand plus un ado ne traînait. Ils détestaient le bonhomme mais avaient quand même une certaine pitié pour ce vieux corps à l'esprit plus que zélé

Le bonhomme Paquette se targuait de n'avoir jamais fumé, ni bu et surtout de ne jamais avoir touché à la drogue. Ce truc surtout qui débauchait la jeunesse. Tous les ados étaient des drogués à ses yeux. Même quand la femme du bonhomme Paquette était morte il y a 8 ans, il n'avait pas pris une goutte d'alcool pour se remonter, pas même une aspirine. Mais c'est a partir de là que son être s'était réfugié dans un mutisme et il s'était progressivement aigri.

Voilà donc comment tout un village au complet en était venu à détester le bonhomme Paquette. Si on allait à son dépanneur, c'est bien parce qu;il n'était jamais là. Le bonhomme vivait cloîtré au dessus du dépanneur. C"est le gérant qui montait là haut après la fermeture et il réglait les choses au plus vite. Il avait hâte de quitter cet endroit très désordonné. Une chienne n'y trouverait pas ses chiots comme il le disait lui-même souvent...

Chapitre II (des visiteurs )     (retour)

Plus tard la nuit, le Bonhomme entendit des rires dans le petit bois qui était derrière le dépanneur. C'était un petit bois de la taille d'un pâté de maison seulement mais dense. Les rires se rapprochaient du dépanneur. Soudain, un bruit de verre brisé au rez-de-chaussée. Alors immédiatement le bonhomme Paquette se rue au téléphone. Un voleur essaie sans doute de s'introduire par effraction dans son dépanneur. Il appuie sur le gros bouton mémoire en ronchonnent sur ces maudits voleurs. Des jeunes sans doute. Maudit jeunes! Pourquoi ça existe des jeunes de la sorte. De son temps au moins, les jeunes respectaient les gens comme lui.

Le bouton aurait en principe dû composer composer le numéro du poste de police local. Mais eu rapprochant son oreille du combiné... Rien! Pestant il ré appuya le bouton. Encore rien. En panique il appuya les autres touches, pas même le zéro. Les salaud! S'exclama t-il. Ils ont coupé le téléphone. Pas de doute. On tente un vol dans mon dépanneur.

En dessous au travers du plancher il entendit faiblement des rires de jeunes. Ils devaient être 2 ou 3... Je vais vous montrer moi! Il se rendit à l'armoire et pris la carabine de chasse et les cartouches de calibre 12. Destiné à la chasse aux canards, cette carabine ferait très bien l'affaire pour plomber les fesses de ces sales intrus!

Il descendit donc avec précaution l'escalier de fer forgé de sa cours arrière qui était en fait une simple bande d'asphalte avec un spot sur le mur qui éclaire le coin où de trouve le container a déchet et par le même fait, la porte d'entrée qui se trouve a quelques pas de ce container. On voit bien que le carreau de verre près de la poignée de porte, avait été brisé dans le but de débarrer la porte par en dedans. La porte était d'ailleurs a demi ouverte donnant presque l'impression de dévisager le bonhomme Paquette avec un air de défi: Entre donc si tu ose!

Le Bonhomme se félicitait de ne pas avoir perdu l'oreille. Il n'avait pas de système d'alarme. Il était gratte cenne tout le monde le savait. Mais d'un autre côté aussi comme il ne sortait jamais, à quoi bon gaspiller de l'argent dans ça...

Ainsi quand il franchit la porte arrière de son commerce, une odeur de cannabis était bien forte. Cette porte arrière ouvrait sur le back store. Les rires étaient dans l'autre pièce, le dépanneur comme tel. Il y avait des lueurs de lampes de poche qui passaient ci et là. Ils vont me le payer les petits salauds. Il fit quelques pas vers l'autre pièce. 2 ombres surgirent de derrières les étalages pour se saisir des bras du bonhomme et de son arme. Il la tenait fortement.

- Vites! Venez! On l'a!

Le bonhomme Paquette faisait des efforts pour se libérer mais les 2 assaillants le tenaient fermement et le forçaient à maintenir le canon du 12 vers le haut. Dans la mêlée une détonation laissa des trous au plafond de la pièce. Tout le monde fit le saut mais le bonhomme était toujours bien tenu...

Chapitre III (La Séquestration )     (retour)

La détonation eu pour effet de faire accourir les autres pour maîtriser le plus rapidement possible le propriétaire du dépanneur. 4 autres jeunes arrivèrent donc dans la pièce à la rescousse. Il se débattait, mais déjà que 2 individus lui tenaient les bras, on lui arracha des mains la carabine afin d'éviter qu'un autre coup soit tiré. C`était déjà beau que personne n'aie entendu. Autours du dépanneur ce n'était pas très résidentiel. Le Bonhomme criait et se débattait sous l'effet de panique. Ce qui avait effet de faire rire ses assaillants. Aucun coup ne lui fut porté. Quand l'arme fut bien hors de sa porté on lui saisi les jambes et il fut soulevé du sol.

- Bande de voyous, petits monstres. Vous devriez avoir honte de vous en prendre à une personne de mon âge. Vous êtes des lâches!

Ils demeuraient dans le back store. 4 es ados le maintenaient au sol pendant que 2 autres avec les lampes de poches, fouillaient dans un sac à dos. Ils sortirent devant le bonhomme Paquette, des cordes et quelques foulards. Il écarquilla les yeux en comprenant que c'était pour lui. L'un des deux jeunes qui ne le maintenaient pas au sol pris l'arme et pointa le canon devant le bonhomme.

- Nous n'avons pas du tout l'intention de te tuer. Mais il faudrait demeurer tranquille et surtout ne pas crier. De toute façon ici et à cette heure-ci, Je ne crois pas que l'on va nous entendre.

On avait amené une chaise qui était derrière la caisse du dépanneur pour asseoir le bonhomme qui ne se débattait plus par principe, déjà résigné par le nombre et bien que jeunes, 15 ans d'âge en moyenne, ils étaient manifestement plus fort que lui. On avait commencé à lui attacher les chevilles aux pieds avant de la chaise, alors qu'une autre corde était passée autour de sa taille et entre les barreaux du dossiers. On en fait de même et peu plus haut au niveau du plexus pour le maintenir bien assis au fond de la chaise. Les liens n'étaient pas trop serrés, afin de ne pas lui couper la circulation. L'un des ados avait eu la sagesse d'expliquer les dangers des liens trop serrés.

Les mains de l'homme furent ramenées de chaque côtés et des liens furent passés aux poignets et au fixés aux barreaux du dossier. Avec les foulards un bâillon fut improvisé. Un premier foulard fut introduit dans la bouche et un autre fut passé autours de sa tête. Mais ça semblait peu solide. L'un des jeunes eu l'idée d'aller dans le dépanneur et très peu de temps il en revint triomphant avec une roulette de gros ruban adhésif gris. Il fit quelques tours autours du foulard. Le bâillon était maintenant solide.

Ils s'assirent les 6 en ligne devant le bonhomme. Ils étaient fiers de leur coup car il était solidement fixé à sa chaise et ne pouvait que faiblement se plaindre au travers du bâillon et les observer. Quand il forçai pour tenter de se libérer, ça les faisait rire et on lui servait des railleries faciles souvent axées sur le caractère teigneux du bonhomme. Ils durent demeurer un bon 15 minutes en lignes assis là à se moquer de ses efforts et à rire entre eux. Le bonhomme était maintenant départi de son pouvoir d'adulte. Il se calmait à mesure qu'il le réalisait... Et maintenant qu'ils était totalement maîtrisé, les jeunes se replacèrent devant lui en cercle, de façon à ce qu'il puisse assister au show bien malgré lui...

 

Chapitre IV (la cérémonie)     (retour)

Le cercle étant formé l'un d'eux ouvrit une petite poche de son sac à dos. Il en retira une boite métallique et il y avait tout pour préparer un joint. Ils le firent circuler entre eux. Le Bonhomme gémissait une plainte de temps en temps. Le jeu l'agaçait de toute évidence. L'un des 6 était passé a la chambre froide pour revenir avec une caisse de 24 bières et les bouteilles circulèrent joyeusement dans le cercle. Il ne tarda pas qu'ils étaient hilares et on se moquait souvent du bonhomme condamné à les observer.

Celui auquel appartenait le sac à dos était déjà affairé à rouler 2 autres joints... L'un fut mis en circulation chez les jeunes. L'on s'adressa ensuite au bonhomme: On va te retirer ton bâillon. Mais si tu crie, on te le remet... Et sa bouche fut libérée.

- c'est de l'argent que vous voulez? Je ne suis pas si riche que vous pensez. Vous...

- Mais non. On veux faire le party. Et vous êtes invité en plus.

- J'ai passé l'âge de faire des party moi. Et c'est du vandalisme. Même que je pourrais bien vous faire tous arrêter. Sauf si vous me libérez immédiatement.

- Avez-vous déjà été jeune M. Paquette?

La question le surpris tellement qu'il en figea. Le sens en était surprenant. Surtout de la part d'un de ces jeunes qu'il considérait comme de vrais demeurés. Mais surtout, la question avait une forme de politesse et de sincérité dont il n'avait pas l'habitude.

- Vous voulez dire quoi là?

- La question est simple. Avez-vous déjà été jeune? On dirais que vous avez oublié ce que c'est. On va vous le rappeler. Cette nuit vous êtes notre prisonnier et ça va être la fête. Pas vrai la gang?

On partis à rire. Des chandelles avaient étés allumée dans le back store. Une radio de plage avait été branchée pour créer une atmosphère sonore. La bière coulait déjà joyeusement dans les gosiers assoiffés.

- Mais il faut fêter avec nous maintenant M. Paquette! Celui qui avait dit ça, s'approchait amusé avec une bière.

- On va vous aider à la boire, vous n'aurez qu'à avaler. Je vais tenir la bouteille.

- Je n'ai pas soif dans pareil moment. Ce n'est plus drôle. Maintenant détachez moi et on pourra s'arranger.

- Mais non. On bois la bière. Pas le choix. C'est le party. Vous savez qu'on ne vous détachera pas. On a pas mis de poison dans la bouteille voyons. Promis!

Éclat de rire général autour. On attend dans un silence tendu. Les 5 autres peuvent voir de chaque côtés de la bouteille, un regard tendu fixé vers l'autre. Quand le bonhomme Paquette avale la première gorgée, on l'applaudit chaleureusement et c'est sincère!

Cette sincérité est en quelque part ressentie par la victime qui soudain se sent moins en état de panique totale. Ils vont juste me saouler et rire un bon coup pour me laisser ensuite. Ils ne peuvent être si méchants que ça. Il l'espérait du moins. Histoire de ne pas y passer la nuit, il s'empressa donc de finir la bouteille sous l'encouragement général. Comme il était fatigué, encore tendu et qu'en plus il ne buvait presque plus jamais, il sentait déjà que sa première bouteille le détendait, lui aurait sûrement procuré une légère euphorie en d'autres conditions.

Chapitre V (la finale du jeu)     (retour)

Évidemment on n'allait pas le laisser à une seule bouteille. On lui refit le coup du "pas le choix de la finir" ainsi à la 6ième bouteille en seulement 1 heure, il se sentait obligatoirement un peu éméché. Il n'avait plus l'habitude.

- Alors mon René... On passe à autre chose?

C'était surprenant! On avait passé de bonhomme à René. Ce que la boisson ne délie pas les langues. Il agita légèrement un joint fraîchement roulé devant les yeux du bonhomme.

- Voyons. Je n'ai jamais touché à ça.

- Pas grave ça. Vous fumez déjà. Certains de nous ne fumons même pas et on ne dira pas non à un p'tit joint.

- Oui mais

- Pas le choix! Dit-il un sourire en coin en lui glissant le joint au bec.

Et tout comme à la première bière, il fut chaleureusement applaudit. La nuit avançant, il avait bien pris une douzaine de bière, un joint seul et en avait partagé 2 autres. Tout le monde était hilare. Et arriva le moment où tout ça se mélange et où les sentiments deviennent à fleur de peau.

Il éclata en sanglot soudainement. Tous se tournèrent vers lui avec attention. L'un d'eux arrêta même la radio. Mais qu'est ce qu'il y à?

- Je réalise comment j'ai pu être méchant. J'ai été intolérant, d'une impatience! Mais dans le fond ce n'est pas contre vous que j'en avais directement. Mais c'est que chaque fois que je vous entend rire en bas c'est pour me rappeler que moi je n'ai plus rien de ça. Mes os me font mal, mon dos a tendance a se courber et je dois me battre contre de plus en plus de trucs que je ne comprend pas, que je déteste. Et vous, vous jouez avec ça, les ordinateurs, les walkmans et les trucs de mp chose là. Même plus de disques. Et l'amour! Je me sens si seul depuis que ma femme est morte que quand je vous vois vous embrasser n'importe où, je souhaiterais que les dents de l'une, morde les dents de l'autre. Mais vous ne le méritez pas. C'est de ma faute à moi seul. Vous le le savez pas ce que c'est de vieillir. On a parfois l'impression de se fermer comme une vieille clôture de fer. Et quand ça demeure fermé trop longtemps une clôture de fer, ça rouille. Alors on ne peut plus l'ouvrir. C'est pour ça. Juste de la jalousie d'un vieux grognon.

Il avait sorti tout ça difficilement entre des pleurs retenus et des reniflements. On lui avait délié les mains et on en était a lui délier les pieds alors qu'il terminait sa dernière phrase. Et une bière lui fut mise en main.

- Je croyais que vous alliez me faire du mal?

- On en a assez fait. On a fait sortir une méchante frustration je pense.

- Oui c'est vrai! Mais je ne le ferais plus désormais.

- Alors la dernière bière on la prend à quoi?

- Heum... Et bien... Ha oui je sais! À la mort d'un rat! Il a quitté le navire je crois.

Et pour une dernière fois, ils applaudirent une dernière fois. La nuit fut courte pour tous et les jours suivants furent meilleurs pour tous.

- fin -

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