Pierre 

 

Chapitre I (retour)

Pierre était ce genre d'homme que personne ne remarque vraiment. Il n'était pas laid mais il n'avait rien de beau non plus. Aucun charisme, jamais un mot plus haut que l'autre. Il fallait d'ailleurs tendre l'oreille quand il s'adressait à vous. Quand il marchait sur les trottoirs de la ville, ce sont les souliers des gens qu'il voyait et non leur visage.

Encore une fois comme à tous les samedis la serveuse du petit restaurant lui demanda s'il allait prendre un café alors qu'elle lui amenait le menu. Tout ce qu'il savait d'elle, c'est qu'elle s'appelait Nicole comme il pouvait le lire sur sa plaquette. Jamais il n'aurait osé lui demander son nom. Et comme à chaque fois, il allait prendre 2 oeufs tournés, bacon avec pain blanc. La routine de Pierre était de la précision d'une montre Suisse et de la monotonie d'un dimanche pluvieux d'automne.

Mais ce matin là les choses allaient changer pour Pierre.

-Bonjour M. Valmont.

L'homme qui venait de parler, portait un habit 3 pièce, gris, tout ce qu'il y a de plus classique. De coupe récente mais tout pour demeurer discret. Il retira ses lunettes soleil, pour fixer de ses yeux gris, Pierre qui semblait manifestement intimidé.

- On se connaît?

- Je connais un tas de chose sur vous M. Valmont... Vous ne me connaissez pas, mais quand nous aurons finis notre petit entretien, vous m'adorerez.

À ces mots l'homme tira la chaise et s'assis en face de Pierre. Il déposa son attaché case sur la table. Pierre nerveusement, chercha la cigarette qu'il avait sur le bord de l'oreille, la porta à sa bouche et l'alluma d'une main un peu tremblante.

- Il faut vous calmer M. Valmont. Je suis ici en ami. Et je vous le répète. Vous allez m'adorer...

L'homme le regarda dans les yeux sans broncher en glissant une petite enveloppe de papier brun de l'attaché case au bord du napperon carreauté en face de Pierre. Il tira sur sa cigarette et celle-ci rougeoya quand Pierre vit que c'était une liasse de billets. Il s'étouffa et pris la dernière gorgée de sa tasse de café tiède.

- Mais combien il y a dans ça?

- $2000 en coupures de $20.

- Mais pourquoi?

- M. Valmont, c'est évident! Pour votre plaisir... Il n'y a aucune autre raison.

- Mais qui est-te vous?

- Toujours tout savoir... Qu'importe qui je suis M. Valmont. Puis-je, je l'espère Samedi prochain à la même heure, avoir le plaisir de revenir vous rencontrer ici. Ce sera encore pour votre bien...

L'homme aux allures discrètes, remis ses lunettes noires, serra la main d'un Pierre qui en cherchait ses mots.

- À Samedi Prochain donc M. Valmont. L'homme tourna le pas et disparu rapidement dans l'embrasure de la porte. Pierre se roula une autre cigarette et fit signe à la jolie serveuse pour un autre café. Le pourboire de Nicole ce Samedi là à sa grande surprise, fut très généreux. Elle en sursauta pratiquement, sachant que ça venait de cet homme ordinaire et timide qui ne parlait jamais.

Chapitre II (retour)

Le samedi suivant à 10h45 précisément, Pierre Valmont arriva au petit restaurant où comme toujours Nicole l'accueillit avec un sourire encore plus charmant qu'à l'habitude. Pierre n'avait rien de changé lui. Toujours une cigarette à l'oreille, habillé de façon fort simple avec un début de bedaine comme c'est souvent le cas dans la mi trentaine. Pierre semblait bien nerveux. Tout en mangeant, il avait observé autour. À midi 27, passé son 6ième café, il en était à rouler une 3ième cigarette quand...

- Bonjour Monsieur Valmont. ... Je peux me joindre à vous sans doute. Et avec la même assurance que la dernière fois, il joint le geste à la parole...

- Heu... Je vous en roule une?

- C'est gentil M. Valmont. Mais je ne fume pas. Sauf peut-être un cigare fin, en des occasions plus mondaines.

L'homme poussa une enveloppe brune comme la semaine dernière.

- Encore!

- M. Valmont! Vous deviez vous en douter ou du moins l'espérer. D'ailleurs M. Valmont, vous me décevez un peu. Je m'aurais attendu à ce que vous fassiez un usage plus propice de cet argent. Si je voulais le voir croupir dans un coffre de banque à faible niveau d'intérêt, j'aurais pu le faire moi-même. Si vous voulez en placer un peu je n'ai rien contre. Mais il existe des placements bien plus intéressants.

- Mais il vient d'où cet argent. Qui est-te vous et pourquoi moi?

Pierre tremblait en regardant l'enveloppe.

- Encore des questions futiles M. Valmont. C'est simple pourtant. Vous prenez l'enveloppe et vous profitez de la vie pendant qu'elle passe. C'est une occasion qui se présente à vous M. Valmont. Malheureusement je suis un peu pressé. Alors je compte sur vous afin de profiter de cet argent et aussi de celui de la semaine passée. Vous avez déjà du retard M. Valmont. La seule chose que vous ayez fait de bien, c'est de laisser un généreux pourboire à Nicole. Voyez comme elle en a été touchée. Vous avez le pouvoir d'en faire plus M. Valmont. Beaucoup plus...

Et il laissa Pierre la bouche encore ouverte sur une question jamais posée après lui avoir serré la main.

Pierre en était à rouler sa cigarette pour la route quand soudain:

- Je peux m'asseoir?

C'était Nicole.

- Je suis en pause...

Et elle s'assis devant Pierre avec une tasse pour elle et une tasse pour lui et il ne lui avait jamais vu un aussi beau sourire. Du moins pas pour lui auparavant. Derrière le sourire timide il se sentait bien plus allumé que le feu qu'il venait d'offrir à Nicole. Puis il commença une conversation un peu gênée au début. À la fin il du promettre à Nicole de revenir la rejoindre à 5h00. Elle fini de travailler à cette heure et aime bien se dégourdir après...

Ainsi elle s'appelle Nicole Valiquette... Pierre ne touchait pas terre quand il marchait. Elle s'intéresse à moi qui ne suis rien. Je ne sais pas qui vous êtes Monsieur, mais où que vous soyez... Merci!

Chapitre III (retour)

Pierre ne comprenait pas du tout le motif de cet homme. L'argent était peut-être quelque chose qui brûlait les doigts de cet homme. Pourquoi lui? Mais le hasard faisait bien les choses puisque Pierre justement était de ces gens qui avaient manqué d'argent toute sa vie. Il était né de parents pauvres qui avaient su lui donner une morale sur la valeur de l'argent des son plus jeune âge. Sa vieille mère morte l'an passée d'un long cancer du sein aurait pu lui dire que cet argent ne lui appartenait pas. Son père lui, mort il y a 15 ans d'un accident de travail avait une phrase simple. Mon gars, dans la vie dit toi bien que jamais rien n'arrive pour rien.

Pierre terminait cette pensée en roulant sa dernière cigarette. En se l'allumant il se rendit au dépanneur pour en acheter des confectionnées d'avance. Parce que oui, si l'argent était pour entrer à flot, il fallait bien en profiter. Le geste de rouler était en quelque sorte, une pause qui marquait le temps, une détente avant même de fumer. Mais du temps il allait bientôt en avoir pour plein d'autres trucs. Il n'aurait pas le temps de s'ennuyer du geste.

Le samedi d'après alors que Nicole servait le café à Pierre, l'homme salua ce dernier, prit un café avec lui le temps de le féliciter de ses petits changements. Il y eu évidemment une autre enveloppe glissée discrètement. Même Nicole ne connaissait pas cet étrange marché. Pierre ne lui en avait soufflé mot. Même pas quand il l'eu invitée dans un chic restaurant, méconnaissable dans ce costume soigné, avec cette coupe de cheveux impeccable. Maintenant il avait un certain charme mal défini. Mais il était le plus beau et le plus grand aux yeux de Nicole. Car aucun homme n'avait eu autant de respect pour elle. Des attentions dans le but de baiser, mainte et mainte fois. Mais une sensibilité comme Pierre lui manifestait... Jamais.

Plusieurs enveloppes se succédèrent. Pierre s'était fait un cercle d'amis pendant les 2 mois que durait ce curieux manège. Il en avait remercié mainte et mainte fois son geste à l'homme qui avait toujours accepté ses remerciements sans trop en manifester d'intérêt. Quand Pierre lui amena un jour un présent, l'homme s'était montré impassible: Monsieur Valmont... J'ai vraiment tout ce que je peux désirer. Faites des cadeaux à votre entourage si vous le voulez bien. Mais pour moi, c'est tout à fait inutile. Je peux me payer tout ce que je veux.

Évidemment cette déclaration semblait étrange mais la conscience de Pierre qui avait goûté à l'intensité grisante du roulement financier, repoussa cette évidence dans les replis sombres de son subconscient. Il avait été trop souvent dans le besoin et il n'avait pas tellement le goût de s'attarder sur des trucs moraux. C'était vendredi soir. Nicole et lui-même se rendirent à une soirée fort arrosée qui se termina au levé du soleil.

Nicole se rendit donc à la maison rapidement pour prendre une douche et faire un peu disparaître les traces de fatigues de cette nuit blanche. Son quart de travail commençait à 8h00. Pierre lui eu le loisir de pouvoir dormir un peu pour se dégriser et récupérer très légèrement. Il arriva presque à midi croyant bien qu'il manquerait le précieux rendez-vous...

 

Chapitre IV  (retour)

L'homme était assis à la table avec une simple tasse de café noir. Pas de déjeuner ou même un journal. Le café n'était même pas entamé.

- M. Valmont! Je vous attendais...

- J'en suis désolé mais j'ai...

- Sorti très tard... oui je sais.

- Nicole vous a donc dit.

- Non. Mais vos traits parlent pour vous M. Valmont. J'aimerais vous inviter à un endroit plus intéressant pour parler M. Valmont. Voudriez-vous me suivre?

- Heu...

Pierre senti ce besoin physique de rouler du tabac mais il s'en prit une régulière et en l'allumant, constata l'évident tremblement de ses doigts.

- Je ne croyais pas vous impressionner tant que ça. M. Valmont. Vous vouliez savoir. je crois que vous êtes prêt maintenant pour que je vous explique le pourquoi de tout ceci...

Pierre suivit donc l'homme jusqu'à une berline noire aux verres teintés. Un chauffeur leur ouvrit la porte. L'homme désigna le siège à Pierre qui s'assit confortablement. L'homme fit le tour, le chauffeur referma la porte. Et la berline pris la route. L'intérieur était encore plus luxueux que ne le laissait supposer un extérieur déjà impressionnant.

- Alors M. Valmont. Puis-je vous suggérer un cigare Cubain que Castro lui-même fumerait avec plaisir?

Pierre accepta avec joie et se laissa facilement convaincre de savourer un cognac de 25 ans d'âge. La voiture roulant bon train sur l'autoroute, Pierre fumait et buvait sentant que les produits étaient d'un niveau trop supérieur à son accoutumance. Mais c'était drôlement bon. Rien à voir avec les pompoms qu'il pouvait acheter rarement au dépanneur quand il se sentait "Big". Quand au cognac, ça ne se comparait à rien de ce qu'il ne connaissait.

- Alors M. Valmont... Cela vous donne satisfaction?

- Ho oui! Je n'ai rien goûté de tel de ma vie. Merci beaucoup pour tout!

- Ce ne sont que des broutilles M. Valmont.

- Alors je peux vous poser les questions auquel vous ne répondez jamais habituellement?

- C'est bien le but de cette balade M. Valmont.

- Très bien. Alors c'est une expérience qui doit avoir une utilité?

- Évidemment...

- Devrais-je un jour rembourser tout cet argent que vous m'avancez ainsi semaine après semaine?

- Pas au sens où vous l'entendez M. Valmont...

- Mais qui est-te vous donc à la fin?!

La question presque criée tant Pierre avait accumulé un stress, avait fait sourire l'homme. Pierre ne l'avait jamais vu sourire de la sorte. Il remis ses lunettes noires, inhala la fumée de son luxueux cigare. Expira l'air avec grande satisfaction et:

- Je suis un excentrique aimant ce grand poète qu'était Félix Leclerc. J'adore sa citation : La meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire. Il joignit le geste à la parole tellement vite que Pierre n'eu même pas le temps de réaliser qu'il était transpercé. La balle lui avait déjà traversé le coeur...

- Comme d'habitude? demanda le chauffeur?

- Comme d'habitude... répondit l'homme...

- Fin -

Évidemment toute ressemblance avec des personnages réels n'est que pure coïncidence. Les noms ont été pris au hasard. :)

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